Créer les conditions de l'apprentissage
À La Curieuse, nous ne pensons pas la formation comme un lieu où l’on vient acquérir des compétences ou accumuler des savoirs.
Notre travail consiste à créer les conditions dans lesquelles un apprentissage peut advenir.
Le métier d’artiste est rythmé par les créations, les auditions, les tournées, les appels à projets et les échéances de production. Il laisse peu d’espace pour ralentir, prendre du recul, interroger sa pratique ou rencontrer d’autres façons de faire.
Nos formations naissent de ce constat.
Nous imaginons des temps où il devient possible de suspendre, quelques jours, les logiques de production et de performance pour retrouver un espace de recherche, de curiosité et d’expérimentation.
Non pas pour produire davantage. Mais pour nourrir ce qui rend la création possible.
Ralentir est possible
Nous assumons de proposer du temps apparemment improductif.
Dans le vivant, ce qui dure n’est jamais ce qui est optimisé. Les forêts tiennent par leurs lenteurs, leurs redondances, leurs saisons de repos. Une carrière artistique est un sol vivant : sans jachère, il s’épuise — quelle que soit la qualité de ce qu’on y plante.
Notre secteur demande aux artistes d’être performant·es sans jamais financer les conditions de leur robustesse. Ralentir, dans ce contexte, n’est pas un luxe ni une parenthèse de bien-être : c’est de la maintenance. C’est le travail invisible qui permet à tous les autres d’exister.
La formation continue n’est pas une pause dans le métier. Elle est une fonction vitale du métier.
Le corps : premier lieu d’apprentissage
Les arts de la scène sont des pratiques incarnées.
Avant d’être des idées, elles sont des expériences vécues, traversées par le corps, les sensations, les perceptions, les émotions et les relations.
C’est pourquoi le corps occupe une place centrale dans nos formations, quelle que soit la discipline abordée. Non pas comme un objet de performance, mais comme un lieu d’écoute, d’observation, de recherche et de connaissance et de vulnérabilité.
L’intelligence du plateau ne se construit pas uniquement dans le langage ou dans l’analyse. Elle se déploie dans ce qui s’éprouve, s’expérimente et se met en mouvement individuellement et collectivement.
La sécurité est une pratique, pas une ambiance
Chaque formation s’ouvre par le partage du cadre de pratique: concrètement, ce à quoi l’on consent, ce que l’on peut décliner, la manière dont chacun·e peut moduler sa participation ou se signaler. Le consentement n’est pas chez nous une valeur affichée : c’est un outil de travail quotidien, au même titre que l’échauffement.
Ce cadre tient compte des positions de chacun·e; d’ancienneté, de discipline, de parcours; parce qu’un groupe n’est jamais neutre.
Des espaces courageux
Venir en formation lorsque l’on est artiste professionnel·le demande du courage. C’est une forme de prise de risque possible.
Celle de quitter, quelques jours, les logiques de compétition qui traversent notre secteur. Celle d’accepter de ne pas savoir, de partager une recherche encore inachevée, d’essayer sans se mettre la pression de devoir réussir vite.
Nous travaillons dans ce que la pédagogie anglo-saxonne nomme des brave spaces — des espaces courageux , par distinction avec les safe spaces. La sécurité y est le point de départ, jamais la destination : elle existe pour rendre possibles le doute, le désaccord fécond, la question, la bifurcation.
Non pas des espaces confortables, mais des espaces courageux.
Transmettre des processus, pas des finalités
Les personnes qui interviennent à La Curieuse sont des artistes en activité.
Au fil des années, iels ont développé des outils, des méthodes, des questions et des processus de travail qu’iels ont appris à nommer.
Les transmettre ne signifie pas qu’il existerait une seule manière de créer. Nommer un processus rend visible une façon possible de travailler, afin que chacun·e puisse s’en inspirer, la transformer, la questionner ou s’en éloigner.
Se mettent ainsi en circulation des pratiques, des expériences et des manières de penser le travail artistique. Et parce que chaque participant·e arrive avec son propre parcours, ses recherches et ses savoir-faire, l’apprentissage circule dans de multiples directions : de l’artiste-formateur·ice vers le groupe, du groupe vers l’artiste, et de pair à pair.
Le groupe, c’est la totalité des personnes présentes + 1
Nous limitons volontairement les groupes à 14 participant·es.
Ce n’est pas une contrainte d’organisation : c’est une conviction pédagogique. L’apprentissage naît de la qualité des relations qui se tissent entre les personnes=> les rencontres entre disciplines, les discussions informelles, les repas partagés, les retours d’expérience, les intuitions qui émergent collectivement.
Ce que nous ne promettons pas
Vous ne repartirez pas avec une certification, une méthode à appliquer, ni un carnet de contacts stratégiques.
Nous ne promettons ni employabilité accrue, ni recette de création, ni transformation en cinq jours.
Nous promettons des conditions : du temps protégé, un groupe choisi avec soin, des processus nommés, un cadre qui rend le risque possible.
Ce que vous en ferez ne nous appartient pas. C’est exactement le but.
Une recherche qui se disperse
Les formations de La Curieuse n’ont pas vocation à fabriquer des artistes qui travailleraient de la même manière.
Elles ouvrent des possibles. Déplacent les regards. Créent des rencontres entre disciplines. Font circuler les savoirs. Remettent les pratiques en mouvement.
Une formation ne se termine pas : elle se disperse. Ce qui s’est cherché à quatorze a vocation à circuler au-delà de la salle; dans les notes que vous prenez, les outils vous emportez en ressources, les questions que nous reprenons ailleurs et qui nourrissent notre réflexion sur les métiers de la scène.
Chaque session est aussi, à sa mesure, une petite enquête sur nos façons de travailler. Le secteur entier en est le destinataire.